Les placements responsables séduisent de plus en plus les épargnants français

Les placements responsables attirent une part croissante de l’attention des épargnants français, mais les données récentes dessinent un tableau plus contrasté qu’il n’y paraît. L’étude bisannuelle de l’AMF, menée avec OpinionWay, permet de mesurer cette évolution : 42 % des Français jugent ces placements intéressants en 2025, contre 44 % en 2023.

Entre déclaration d’intérêt et passage à l’acte, l’écart reste large.

Label ISR rénové : ce que le tri de 2024 change pour les épargnants

L’arrêté du 29 février 2024 a relevé le cahier des charges du label ISR. Le nouveau référentiel rend obligatoires les exclusions du charbon thermique, des hydrocarbures non conventionnels, des nouveaux projets pétroliers et gaziers, du tabac et des paradis fiscaux.

Critère Ancien référentiel ISR Référentiel rénové (2024)
Exclusion charbon thermique Non obligatoire Obligatoire
Exclusion hydrocarbures non conventionnels Non obligatoire Obligatoire
Filtrage ESG minimum 20 % 30 % (progressif)
Indicateurs d’incidences négatives SFDR Non requis Intégrés
Plan de transition climatique Absent Exigé à horizon 2026

L’impact se mesure directement dans l’offre disponible. Au 1er janvier 2025, 939 fonds sur 1 342 ont conservé le label ISR, soit environ 70 % de l’offre labellisée fin 2024, selon le Comité du Label ISR. Le filtrage ESG passe progressivement de 20 % à 30 %, avec des exigences renforcées sur les plans de transition climatique à horizon 2026.

Pour les réseaux de distribution, cette contraction de la gamme constitue un argument commercial. Moins de fonds labellisés, mais une sélection plus défendable face aux clients : les conseillers disposent d’arguments plus solides pour recommander un fonds labellisé.

Un couple rencontre un conseiller financier pour discuter de placements éthiques et de fonds ISR, dans un bureau moderne avec vue sur la ville

Écart entre intention et souscription : les freins mesurés par l’AMF

63 % des Français considèrent les enjeux du développement durable comme importants, contre 66 % en 2023 selon l’AMF. Ce léger recul ne remet pas en cause la tendance de fond, mais il traduit une forme de lassitude ou de scepticisme croissant.

Le vrai décrochage se situe entre l’intérêt déclaré et l’acte d’investissement. Les baromètres documentent plusieurs facteurs explicatifs :

  • Une part significative des épargnants suspecte du greenwashing, sans disposer des outils pour vérifier les engagements réels des fonds.
  • Les labels ISR et Greenfin restent peu connus : moins d’un tiers des personnes interrogées par l’AMF-OpinionWay les identifient spontanément.
  • Sécurité, liquidité et performance occupent le podium des priorités, loin devant l’impact environnemental ou social. Le rendement reste le critère dominant.

Cette méconnaissance produit un effet concret. Elle empêche les épargnants de comparer les offres et d’évaluer la qualité d’un fonds responsable par rapport à un fonds classique.

Profil des épargnants responsables : âge, revenu et canal de souscription

Les données de l’AMF mettent en évidence un décalage générationnel. Les moins de 35 ans montrent l’intérêt le plus marqué pour les placements responsables et déclarent le plus souvent vouloir orienter leur épargne vers des produits à impact.

En revanche, les portefeuilles les plus conséquents se trouvent chez les plus de 45 ans, qui détiennent l’essentiel de l’épargne financière française. Ce décalage entre intention et capacité d’investissement freine la montée en puissance des encours responsables.

Côté canaux, l’assurance vie reste le véhicule principal de souscription, les banques et compagnies d’assurance concentrant la majorité des flux. Les plateformes en ligne progressent. Le rôle du conseiller financier s’est renforcé entre 2023 et 2025 : les conseillers sont la source d’information préférée des épargnants sur les placements responsables, selon l’étude AMF.

Femmes et hommes face à l’épargne responsable

Les enquêtes successives de l’AMF font apparaître des différences de sensibilité entre femmes et hommes. Les femmes expriment plus fréquemment une attention aux dimensions sociales et environnementales de leur épargne. Les hommes privilégient davantage le couple rendement-risque.

Ces différences ne se traduisent pas par un écart massif dans les taux de détention. Elles orientent toutefois les attentes vis-à-vis des conseillers et la manière dont les produits responsables sont présentés en agence.

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Directive européenne et transparence : le cadre réglementaire qui se durcit

Le cadre européen pousse dans la même direction que le label ISR français. La directive EMPCO (2024/825), qui entrera en vigueur le 27 septembre 2026, cible les allégations environnementales trompeuses. Les gestionnaires d’actifs devront documenter leurs engagements avec une granularité accrue.

Le règlement SFDR impose déjà un reporting sur les incidences négatives des investissements. Le nouveau référentiel ISR intègre désormais ces indicateurs SFDR, créant une cohérence entre le label national et le cadre européen. Pour les épargnants, cela signifie une information plus standardisée, même si la lisibilité reste un chantier à part entière.

La réforme du label ISR et le durcissement réglementaire européen modifient progressivement la donne, avec 70 % des fonds ayant survécu au nouveau filtrage. L’intérêt déclaré des Français ne faiblit pas dans les sondages, mais la souscription effective reste minoritaire. Le rôle du conseiller financier, plébiscité par les épargnants selon l’AMF, sera déterminant pour transformer cette curiosité en allocation réelle.

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