Les studios français misent sur l’international pour se développer

La France se classe au septième rang mondial des pays exportateurs de contenus audiovisuels. Ses studios, qu’ils travaillent sur des séries, des films d’animation ou des jeux vidéo, cherchent désormais des relais de croissance bien au-delà de l’Hexagone. Cette dynamique repose sur des mécanismes précis : montée en gamme des infrastructures, dispositifs publics orientés vers l’export et repositionnement des formats pour séduire des audiences étrangères.

Infrastructures de tournage : la France construit son attractivité internationale

Le virage le plus concret se joue du côté des studios de tournage physiques. Les studios de Bry-sur-Marne, longtemps cantonnés à des productions nationales, font l’objet depuis 2024 d’investissements dépassant la centaine de millions d’euros. L’objectif affiché : doubler la capacité de production et les effectifs pour accueillir des tournages internationaux et des coproductions à grande échelle.

Cette montée en gamme ne relève pas du hasard. Elle répond à une logique de compétition européenne, où des pays comme la République tchèque, la Hongrie ou le Royaume-Uni captent depuis des années les grosses productions américaines grâce à des plateaux spacieux, des équipes techniques qualifiées et des incitations fiscales.

La France tente de rattraper ce retard en combinant la modernisation de ses plateaux avec le crédit d’impôt international (C2I), qui réduit significativement le coût des tournages étrangers sur le sol français. Le pari est que des infrastructures de niveau mondial, couplées à un bassin de techniciens reconnus en Europe, suffiront à déplacer une partie des flux de production vers l’Hexagone.

Dirigeante d'un studio français devant une carte mondiale numérique discutant de stratégie d'expansion internationale avec un collaborateur

CNC et export : comment les dispositifs publics accompagnent les studios français

Le CNC a élargi son périmètre d’intervention ces dernières années. Il ne se contente plus de financer la création : il accompagne désormais la promotion et l’exportation des œuvres audiovisuelles et du jeu vidéo, via des soutiens spécifiques à Unifrance et TV France International.

Cette dimension internationale est intégrée dès la phase de développement des projets. Les studios qui sollicitent des aides publiques sont encouragés à penser leur diffusion au-delà du marché domestique dès l’écriture.

Présence coordonnée sur les salons mondiaux

Les collectivités territoriales participent aussi à cette stratégie. La région Hauts-de-France, par exemple, accompagne sa filière jeu vidéo sur des salons comme la Gamescom, le plus grand événement du secteur en Europe. Ce type de présence coordonnée permet aux petits studios de bénéficier d’une visibilité collective qu’ils ne pourraient pas financer seuls.

Les appels à projets ciblés export se multiplient. Ils couvrent plusieurs maillons de la chaîne :

  • Le financement de versions localisées (doublage, sous-titrage, adaptation culturelle) pour les marchés prioritaires
  • La prise en charge partielle des déplacements sur les marchés internationaux du film et du jeu vidéo
  • L’accompagnement juridique et commercial pour structurer des accords de coproduction avec des partenaires étrangers

Le ministère de la Culture rappelle que le CNC intervient à tous les niveaux de la filière, y compris sur les effets visuels numériques, un segment où la France dispose d’un savoir-faire reconnu et exportable.

Séries françaises et plateformes de streaming : un marché qui se contracte

Les séries françaises ont connu une fenêtre d’opportunité remarquable avec l’expansion des plateformes de streaming. La France a généré plus de 200 millions d’euros de ventes à l’international en 2023, sa troisième meilleure année historique. L’Europe reste le premier débouché, mais les ventes aux États-Unis progressent.

Paris joue un rôle particulier dans cette dynamique. Les séries qui mettent la capitale en scène bénéficient d’un effet de marque immédiat auprès des audiences étrangères. Ce n’est pas un hasard si plusieurs productions récentes exploitent délibérément le cadre parisien comme argument de vente international.

Le resserrement des budgets d’acquisition

En revanche, les plateformes de streaming réduisent leurs achats de contenus extérieurs. Après des années d’expansion où Netflix, Amazon et d’autres achetaient massivement des catalogues étrangers, la tendance s’inverse. Les plateformes privilégient leurs productions internes et deviennent plus sélectives sur les acquisitions.

Pour les studios français, cela signifie que la qualité de production doit monter pour rester dans la course. Les séries généralistes à petit budget trouvent de moins en moins preneur à l’international. Les formats qui fonctionnent sont ceux qui combinent un ancrage local fort (décors, langue, culture) avec des codes narratifs universels : thriller, policier, drame familial.

Stand d'un studio de production français dans un marché international du film avec des professionnels présentant leurs projets à des acheteurs étrangers

Jeu vidéo français : une industrie qui retient mieux ses talents

Le secteur du jeu vidéo illustre une autre facette de cette internationalisation. Les créateurs français ont longtemps souffert d’une fuite de talents vers le Canada, la Suède ou le Royaume-Uni, où les salaires et les conditions de production étaient plus attractifs.

Cette hémorragie s’est atténuée ces dernières années. Plusieurs facteurs expliquent ce retournement :

  • L’amélioration des conditions salariales dans les studios français, portée par la concurrence internationale
  • Le développement de formations reconnues à l’échelle mondiale, qui attirent aussi des étudiants étrangers en France
  • La structuration de pôles régionaux (Lyon, Montpellier, Lille) qui offrent des alternatives crédibles à Paris

Les studios français de jeu vidéo ont désormais autant la cote dans l’Hexagone qu’à l’étranger. Leur production alimente un marché européen et mondial en croissance, et les dispositifs du CNC dédiés au jeu vidéo renforcent leur capacité à financer des projets ambitieux dès le départ.

Les limites d’une stratégie tournée vers l’export

Cette orientation internationale n’est pas sans risques. La dépendance aux plateformes américaines pour la distribution des séries et films crée une vulnérabilité structurelle. Quand Netflix ou Amazon réduisent leurs budgets d’acquisition, les studios français perdent leur principal canal d’accès aux audiences mondiales.

La compétition entre pays européens pour attirer les tournages internationaux pousse aussi à une surenchère d’incitations fiscales. La rentabilité réelle de ces investissements publics reste difficile à mesurer sur le long terme, et les retours terrain divergent sur ce point selon les régions et les secteurs.

Le modèle français repose sur un équilibre entre soutien public et compétitivité de marché. Si les aides à l’export permettent aux petits studios de franchir la porte des salons internationaux, elles ne garantissent pas que les projets trouvent leur audience une fois sur le marché mondial. La capacité des studios à produire des œuvres qui voyagent par leur qualité, et pas uniquement grâce à leur prix subventionné, déterminera la solidité de cette stratégie dans les années qui viennent.

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